Notting Hill.
Un nom qui évoque les façades pastel de Londres, les marchés de Portobello Road et les coups de foudre improbables. Mais derrière ce décor se cache un autre visage : celui d’un quartier vibrant, traversé chaque été par les tambours, les rires et les effluves du plus grand carnaval d’Europe. Depuis 1966, le Notting Hill Carnival fait danser la capitale britannique au rythme des Caraïbes, transformant les rues tranquilles en un torrent de joie et de liberté.
C’est dans ce décor à la fois bohème et éclectique qu’Agnès, à la tête de la Maison depuis le début des années 2000, alors en voyage à Londres, poussa la porte d’un salon de thé discret, à deux pas du tumulte des festivités. L’endroit sentait le bois ciré et les scones tièdes. En fond, la rumeur du carnaval se mêlait au cliquetis des cuillères sur la porcelaine. Ce jour-là, une tasse bouleversa son palais : un thé noir d’une intensité rare, où la force brute d’un Assam s’unissait à la délicatesse d’une origine encore confidentielle.
De retour à Paris, Agnès n’eut qu’une obsession : retrouver cette émotion. Elle se mit en quête de cette alliance entre puissance et élégance. Et c’est ainsi qu’elle découvrit les hauts plateaux du Rwanda, pays des mille collines, où le thé pousse sur des terres volcaniques baignées d’humidité et de lumière.
L’histoire du thé rwandais débute au milieu du XXᵉ siècle, presque par hasard. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quelques plants venus d’Asie furent introduits sur les pentes fertiles du pays, d’abord comme simple expérimentation agricole. Mais la nature s’en empara avec ardeur. Les pluies régulières, les sols volcaniques gorgés de minéraux et la douceur des altitudes élevées offrirent un écrin idéal à cette nouvelle culture. Très vite, les théiers colonisèrent les collines, dessinant des paysages d’un vert infini. Dans les villages, les mains se mirent à cueillir avec précision les jeunes pousses, et le thé devint non seulement une ressource, mais un symbole d’espérance et de renaissance. Ce fut l’un des plus beaux chapitres agricoles du continent africain : celui d’un pays qui trouva dans ces feuilles un chemin vers l’avenir.
Dans la région de Rulindo, les jardins de Rukeri produisent aujourd’hui des thés d’une finesse rare, roulés avec soin, offrant une tasse lumineuse, florale et boisée. Le Rwanda, terre d’émergence et de renouveau, s’imposa naturellement dans ce projet. Agnès y retrouva la promesse du mélange londonien : la rencontre de la tradition et de la modernité, de la sagesse indienne et de l’audace africaine. De cette union naquit Notting Hill, un blend vibrant, symbole de métissage et de liberté.
Depuis, ce thé s’est imposé comme un classique de la Maison Betjeman & Barton. Ses arômes racontent une histoire : celle d’un voyage entre deux continents, d’un coup de foudre gustatif né dans une tasse londonienne, et d’un rêve devenu réalité. Notting Hill n’est pas seulement un thé noir d’exception : c’est une invitation à la rencontre, à l’éveil, à la fête.