Le nom Joongjak désigne en Corée un grade de cueillette intermédiaire, situé entre les feuilles très précoces du début de printemps et les récoltes plus tardives. Littéralement, ce « milieu » de saison évoque une idée d’équilibre : des feuilles suffisamment mûres pour offrir du corps, de la douceur et une certaine ampleur, mais encore assez jeunes pour préserver une fraîcheur végétale nette, une énergie claire, presque printanière. Tout l’esprit du Joongjak tient dans cette tension harmonieuse entre maturité et jeunesse, entre rondeur et vivacité.
Récolté à la mi-juin, ce thé s'inscrit dans un moment clé du calendrier coréen du thé. Les températures se stabilisent, les journées s’allongent, et la sève, plus riche, se charge de sucres ronds qui adoucissent la feuille. On quitte ici la rigueur parfois verte et fusante des tout premiers thés de printemps pour entrer dans une expression plus généreuse, plus enveloppante, comme si la plante elle-même s’offrait un souffle plus large.
La Corée du Sud occupe une place singulière dans la cartographie mondiale du thé, à la fois enracinée dans les traditions chinoises et ouverte à la sensibilité japonaise. Historiquement, les techniques de torréfaction au chaudron sont issues de Chine : de nombreux thés verts coréens sont encore aujourd’hui « fixés » dans un wok, la chaleur sèche interrompant l’oxydation et apportant aux feuilles une nuance grillée délicate. Cette approche produit des thés aux notes plus chaudes, légèrement toastées, qui rappellent certains grands verts chinois, tout en conservant une identité propre aux jardins coréens.
Pourtant, parallèlement, la tradition du thé en Corée a développé une finesse qui n’est pas sans évoquer le Japon. Dans certains crus, on cherche une fraîcheur limpide, une clarté presque umami, où la douceur prime sur la puissance, même lorsque la feuille est travaillée au chaudron et non à la vapeur. Cette double filiation crée un style coréen profondément original, oscillant entre rondeur et transparence.
Naturellement, l’île de Jeju et son terroir jouent un rôle essentiel dans son identité. Cette terre volcanique, dont les sols de lave noire filtrent l’eau, crée un environnement idéal pour le thé. La pluie abondante, la lumière tempérée, l’air marin et la roche chargée de minéraux composent un véritable amphithéâtre naturel. Les théiers y boivent une eau légère et limpide, qui se retrouve dans la tasse sous forme d’une sensation presque « polie », sans aspérité.